Déscolarisation au Bénin: le phénomène prend le dessus sur la volonté politique

Article : Déscolarisation au Bénin: le phénomène prend le dessus sur la volonté politique
4 novembre 2014

Déscolarisation au Bénin: le phénomène prend le dessus sur la volonté politique

crédit-photo Owarindé Adéyèman

A 1 an de l’évaluation de l’initiative « Education Pour Tous » (EPT), plusieurs enfants exclus du système éducatif, traînent dans les rues de Cotonou comme si l’EPT n’avait jamais été lancée 14 ans plutôt.

 Une balle de foot en main, Jean-Baptiste N’kan, un jeune garçon de 12 ans, comme un vacancier traîne sur le terrain de sport du quatrième peloton de Cotonou. Et pourtant, ce n’est pas la période des vacances. On n’est lundi où des milliers d’enfants de son âge sont à cette heure-là, dans des salles de cours. Que fait-il donc là en ce moment ? « J’attends des amis avec qui je joue à pareille heure », répond-t-il. quelques minutes plus tard, on aperçoit 5 jeunes garçons au portail dudit terrain de sport. Ce sont les amis de Jean-Baptiste : des enfants déscolarisés vivant dans la rue. Après quelques minutes passées à taper dans le cuir rond, le groupe ne pouvant plus supporter les effets du chaud soleil, va se trouver un abri au ras des murs servant de clôture au quatrième peloton. Une pause on croirait, mais non « on est fatigué et certains doivent aller travailler », martèle Jean-Baptiste.

Les travaux que font ces enfants….

Le jeune Jean-Baptiste comme plusieurs autres enfants de rue, vit de petits travaux (parfois pénibles). tôt le matin, il aide quelques revendeuses dans leurs petits commerces. Et cela lui permet de satisfaire ses besoins : « ça me permet de me nourrir et de m’habiller », confirme-t-il tout en mettant l’accent sur les difficultés qu’il rencontre en vivant ainsi : « certaines dames me traitent mal et me récompensent en dessous de ce que je leur ai fait comme travail. Mais moi j’ai la chance de dormir dans le domicile de l’une de ces dames, sans quoi ce serait plus pénible ». Contrairement à Jean-Baptiste, certains vivent une situation moins fameuse. Sur le chantier d’une construction, un jeune garçon surnommé « américain », fait des allers et retours. Un sceau rempli de sable marin sur la tête, son visage reflète sa peine. « C’est très pénible et j’ai mal un peu partout alors que je dois recommencer la même chose demain matin », confie-t-il.

Personne ne semble être sensible aux peines de ce garçon de 14 ans. Le chef chantier se justifie d’ailleurs : « je n’y suis pour rien si cet enfant travaille ici. Il est venu avec un maçon que moi j’ai engagé ». au tour de monsieur Alphonse Adjaï, maître maçon du chantier de décliner toute responsabilité : « personne n’a obligé le jeune « américain » à travailler sur ce chantier. Il est venu de son propre gré »« d’ailleurs, cela lui permet de ne pas se livrer à une quelconque forme de délinquance », ajoute-t-il avec conviction.

Des enfants à la porte de la délinquance…

« Ces enfants sans domicile, représentent un véritable danger pour, nous habitants de ce quartier ». c’est le point de vue de Valdéramane Zola, transitaire vivant dans une rue du quartier Zongo. Dans ladite rue, près d’une quinzaine d’enfants déscolarisés se sont réfugiés et affichent quotidiennement leurs vices. Au nombre de ces vices, Salifou Massaoud, un gestionnaire immobilier se réfère aux petites querelles ; aux petits cambriolages et à la débauche. Nicole Sakpènou, psychologue, tente néanmoins de justifier le cas de ces enfants: « certes ils sont un peu différents des enfants qui vivent encore avec leurs parents, mais ils ne sont pas exactement des délinquants. Toutes formes d’agressivité chez eux, est liées soit au choc qu’ils ont reçu en famille, soit au fait qu’ils sont livrés à eux-mêmes ». face à cette justification, Salifou reste réticent : « ils grandiront avec ces vices puisse qu’ici, personne ne se préoccupe de leur éducation. On les voit souvent comme des étrangers avec des traits de délinquance parce qu’on ne sait même d’où ils viennent ».

Ils viennent souvent des zones reculées du Bénin…

« Si un enfant devient « enfant de rue », soyez sûr qu’il vient d’un village : Abomey, les brousses de Ouidah et villages de Porto-Novo… La plupart avec qui moi je traîne ici depuis l’âge de 11 ans, ne sont pas natifs de Cotonou », déclare Mario Orphé, un « enfant de rue » de 17 ans. Sur une quinzaine d’enfants déscolarisés du quartier Zongo, 10 proviennent des coins reculés du Bénin. Les départements du Mono, du couffo, de l’Ouémé et du plateau sont les plus représentés. Dans ces départements, la pauvreté, l’indifférence des parents ou encore l’apprentissage forcé font fuir certains enfants de leur domicile. Etienne, 11 ans à peine est originaire d’un village de l’Ouémé. Tout seul, il s’est retrouvé à Zongo loin de ses parents et ceci depuis près de 6 mois. Et pour justifier cette villégiature, il raconte : « j’ai voulu être un coiffeur, mais mes parents m’ont contraint à apprendre le métier de vulcanisation. Cela ne me plaisait pas et j’ai pris la fuite un jour ». Le phénomène de pauvreté favorise aussi l’abandon de domicile chez ces enfants.  Etienne confirme cet état de chose : « mes parents m’ont dit qu’ils n’ont pas les moyens pour me signer un contrat dans un salon de coiffure. comme le patron du garage de vulcanisation est un parenté, il n’a rien réclamé comme sous pour le contrat ».

A Cotonou, les campagnes sensibilisatrices et publicitaires, et les actions de l’Unicef ralentissent le phénomène. Ce qui n’est pas le cas dans ces zones reculées où l’indifférence de certains parents ne favorise aucunement la lutte contre la déscolarisation et l’abandon de domicile chez l’enfant. Cela se confirme quand on se réfère à l’une des déclarations du petit Etienne : « depuis, mes parents ne sont même pas venus me chercher. Cela veut dire qu’ils ne m’aiment pas du tout ».

Partagez

Commentaires

Marlène
Répondre

Ce que je ne comprends pas. Malgré ce qu'on entend, BIT et autres, il y en a toujours plein d'enfants dans les rues. Je ne comprends pas.