Football : le racisme est aussi dangereux que contagieux

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10 décembre 2020

Football : le racisme est aussi dangereux que contagieux

Si le Covid-19 suspend depuis peu les matchs de football, le racisme le peut aussi désormais. Les téléspectateurs en ont eu la preuve lors du match de ligue des champions opposant le PSG au Basaksehir.


Pour une fois, des joueurs ont à l’unisson boycotté une rencontre. Cet acte aussi symbolique et inédit qu’il soit n’a laissé personne indifférent. Et mieux, il pousse même à se demander si arrêter un match de football pourrait être la panacée contre le racisme dans ce sport ? 

Votre réponse à cette question, n’aura peut-être pas d’effet comme celle que donnait Samuel Eto’o en 2019. Lui, qui déclarait sans fard à la Gazzetta dello Sport : « bien sûr qu’il faut quitter le terrain. Le football déplace beaucoup d’argent, mais la plupart des acteurs qui le génèrent sont noirs. Si un jour, avec l’appui des joueurs blancs, ils décidaient de ne pas jouer ici, je pense que tout changerait rapidement. »

Le coup de théâtre au parc des Princes ce 8 décembre 2020, fait pas seulement de l’ancien attaquant camerounais un prophète. Mais c’est aussi une preuve que seuls les footballeurs eux-mêmes pourraient mettre fin à une hémorragie dont souffre leur sport depuis toujours. La victoire contre le racisme ne viendra malheureusement pas des dirigeants ni des arbitres. Les premiers, entichés  d’attentisme, nient parfois même l’existence du racisme. « Le phénomène raciste dans le sport et dans le football en particulier n’existe pas ou peu« , déclarait Noël Le Graët, le président de la FFF. Et les deuxièmes, eux, perdent désormais la confiance de tous puisque c’est l’un d’eux qui sans scrupule, lance « négro » à l’entraineur adjoint du club stambouliote.

Il faut humblement reconnaître l’incapacité des prescriptions juridiques de l’UEFA face au racisme. Des sanctions pour deux, trois ou quatre matchs n’ont rien de symboliques. Ou encore des peines pécunières au parfum de quelques billets d’euros sont loin d’être efficaces. En tout cas, comparés à la complicité dont ont fait preuve les footballeurs lors de ce match désormais daté.  

La victoire du PSG (5 buts à 1) au lendemain de l’incident, pourtant décisif, est vite passée au second plan. C’est plutôt des genoux à terre et des poings levés qui ont récupéré l’effervescence de la qualification du club français. Et là encore, c’est le fruit d’une unité entre footballeurs qui est mis en exergue. A la place de Pierre Achille Webó, personne ne devait se réjouir d’une vaine sanction d’un arbitre provocateur. Mais l’on peut se sentir heureux d’avoir été au cœur d’une forme de nouvel étendard contre le racisme. La seule reconnaissance que mérite Sebastian Coltescu, l’arbitre Roumain, est d’avoir ressuscité cette audace des footballeurs. Laquelle audace serait très utile pour rééditer l’interruption totale de tout match, au moindre propos ou acte raciste.

D’aucun penserait qu’arrêter un match à cause du racisme est exagéré. Mais pas du tout. Tel le coronavirus, le racisme est aussi dangereux que contagieux et ne saurait déroger à la règle de suspension d’activités sportives. Surtout que lui n’a pas encore son vaccin. Du coup, il faudra vraiment miser sur le boycotte de match et même de compétition.

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