Dans un bidonville de Cotonou, l’énergie électrique à 100 FCFA

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Le propriétaire de la baraque bleue s’occupe des batteries de ses clients

Dans un bidonville de Cotonou, où la précarité de l’énergie électrique est flagrante, les habitants ont la chance de faire charger leurs portables à partir de 100 francs CFA.

Donès Adjiou est un jeune élève de 18 ans. Les conditions de vie ne lui permettent pas d’avoir l’énergie électrique chez lui. Il ne s’en plaint pas, du moment où son téléphone portable est toujours bien chargé. Ceci est possible grâce au génie d’Armand Aloman, un ancien exploitant forestier. « Je viens charger mon portable chez pas à pas depuis des années, parce que je n’ai pas le courant électrique chez moi», décrit Donès. Tout a commencé il y a quatre ans, où Armand a eu cette idée de créer un petit commerce juste à partir de son compteur électrique SBEE (Société béninoise d’énergie électrique) : « charger les batteries des portables à partir de 100 francs CFA ». Son flair lui a permis de savoir, ce dont les habitants du quartier Gbégamey, avaient le plus besoin, était l’énergie électrique. Durant un bon moment, il a ignoré les avantages pécuniaires que cachait son compteur électrique. Pour lui, le fait de charger un portable n’est rien d’autre qu’une simple assistance aux amis et proches du quartier : « Au départ, ce n’était qu’une simple cabine téléphonique. Je commercialisais des produits GSM lorsque certains venaient faire charger gratuitement leur téléphone portable dans ma baraque, puisqu’ils ne disposaient d’aucune source d’énergie dans leurs maisons. Jusque-là, c’était à mon insu. Mais le jour où mon employé me l’a dit, je n’ai pas hésité à transformer tout ceci en business. Et c’est en ce moment précis, que j’ai surnommé ma baraqu, la baraque bleue : Société Pas à pas et Fils », révèle-t-il. L’affluence au tour de sa baraque peinte en bleu, a donc tout changé et le pousse aujourd’hui à passer d’une simple assistance à un business.

Un business au service des indigents…

Pour Armand, tout suit désormais les traces d’une entreprise. Du matin au soir, tous les jours : enfants, jeunes, adultes, femmes et hommes attendent devant la baraque bleue dans l’espoir de voir la batterie de leur portable chargée. « La baraque bleue nous sauve ; nous qui n’avons pas le courant électrique dans nos domiciles. Raison pour laquelle je suis ici cet après-midi. Je pense que comme moi, tous ceux qui sont là cet après-midi n’ont pas la possibilité de s’offrir une source d’énergie chez eux», affirme Hyppolite Ahouangan, un conducteur de taxi-moto. A l’intérieur de la petite entreprise bleue, c’est aussi l’affluence malgré la touffeur qui y règne. Moudjibath en fait fi pour demander son service habituel contre 100 francs. Dans cette pièce rudimentaire d’environ 4m², sont installées près de 30 prises (électriques), alimentées par un compteur de 10 ampères. A tout cela, s’ajoutent des chargeurs de portable de tout type et un groupe électrogène de 3 KVA pour faire tourner la petite entreprise pendant les éventuelles coupures. Le matériel n’a rien de high-tech, mais il permet amplement à son propriétaire de faire des recettes et par ricochet, d’en faire sa principale source de revenu : « Cela me rapporte et, est presque ma première source de revenus. Mais je tiens à dire que je mène d’autres petites activités afin de m’assurer pour les périodes où mon activité à la baraque va freiner», explique-t-il. Même si Armand se retient de parler de ses finances, il laisse entendre que son bénéfice mensuel est considérable avec une moyenne de 30 batteries chargées par jour. Les finances restent néanmoins moins importantes pour lui. Savoir qu’il aide une catégorie sociale lui procure une grande satisfaction. Son effort est d’ailleurs salué par ces clients : « J’ai confiance en lui donc soit je lui laisse ma batterie, soit c’est le portable même que je laisse. Je le fais deux fois par semaine et je suis très satisfait. Mon frère et mon père aussi font pareil. Ça nous aide énormément », témoigne Donès. Débourser juste 100 francs CFA pour donner vie à son moyen de communication le plus en vogue du moment ne leur fait ni chaud ni froid. D’autant plus qu’ici l’énergie électrique est d’une extrême rareté, voire un luxe. Telle une véritable entreprise, la « baraque bleue » fonctionne mais indépendamment des services de la SBEE. Son propriétaire, très méfiant de l’énergie vacillante de la SBEE, a prévu un groupe électrogène afin d’éviter tout litige avec ses clients.

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Un pléthore de chargeurs pour faire tourner la baraque bleue

Quand la SBEE fait défaut; on peut compter sur la baraque bleue

La baraque bleue n’est pas utile qu’aux habitants du bidonville. Le coin est connu du grand public. Même des gens de passage sollicitent les services d’Armand. Moudjibath n’est pas du quartier et pourtant, elle vient faire charger son portable. Toute souriante, elle s’explique brièvement : « Parce qu’aujourd’hui la SBEE a coupé le jus dans mon quartier, je suis venue charger ma batterie et celle de ma sœur. Cela permet d’avoir nos portables en marche malgré la surprise désagréable de la SBEE». La présence d’Hyppolite dans la baraque est différente : « Moi je ne vis pas en pleine ville. Il n’y a que mon travail qui m’amène en ville. Donc grâce à ‘’Pas à pas‘’, je n’attends pas de rentrer avant de faire charger mon téléphone. Surtout avec les coupures intempestives de la SBEE. S’il ne mettait pas ses services à notre disposition, alors moi je serais hors zone à chaque fois que je suis en ville.», relate-t-il.  Les habituelles coupures de la SBEE, font visiblement les bonnes affaires d’Armand qui est de plus très apprécié.

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