Ces soldats qui attendent pour Kidal

22 octobre 2014

Ces soldats qui attendent pour Kidal

crédit photo-Owarindé Adéyèman
Les soldats béninois se préparent pour les exercices physiques

Peur au ventre, arme en main, tête ailleurs, 140 soldats béninois s’apprêtent pour Kidal.

La crise malienne, à son stade, réclame-t-elle toujours des soldats ? Tout compte fait, Kidal ne s’est pas encore débarrassée de tous ces hommes appelés pour le maintien de la paix. L’objectif semble se poursuivre surtout lorsque le Bénin s’apprête à envoyer 140 autres hommes formés pour la cause. Mi-septembre 2013, le quatrième peloton du camp Guézo à Cotonou est pris pour base. Au total, 140 soldats béninois y logent. Loin d’être une caserne, c’est un simple camp d’entrainement pour leur prochaine mission sur Kidal. Tous sont assidus et motivés quelque que soit la taille des exercices à maîtriser avant le départ pour la nouvelle poudrière d’Afrique de l’Ouest. Les 140 soldats ont bel et bien consommé le menu des exercices et le bilan est riche et pas mal selon Rako [pseudonyme], un maréchal des logis-chef de l’armée béninoise. Il raconte : « Le bilan a été vraiment positif. Nous constituons une troupe de jeunes éléments qui assimilent vite afin de mieux s’aguerrir avant d’aller pour cette mission de paix. Il fallait cette étape pour se préparer psychologiquement aussi ». Comme il le dit, durant une longue période, ces « futurs hommes » du Mali ont tous eu leur dose. Déjà, l’étape « quatrième peloton » n’est qu’une parmi tant d’autres. Avant leur arrivée au camp Guézo, les 140 soldats ont connu les préalables qu’implique toute mission onusienne. Dans un style laconique, Rako explique l’avant-quatrième peloton : « Pour toutes les missions onusiennes, il y a des préalables à prendre et des mises en condition. Aussitôt appelés, nous avons fait l’ACOTA (Africa Contingency Operation of Training and Assistance). Après cela, nous sommes allés au camp de cohésion avant d’entamer les préparations matérielles ».

Les réalités du quatrième peloton…

Au quatrième peloton, les préparations matérielles suivent leur cours. Elles consistent à mettre en place les véhicules roulant à 4 pieds, les gros engins, les armes et munitions sans oublier « l’alimentation qu’il faut mettre en place avant d’aller sur le théâtre des Nations unies », a rappelé Rako. Concrètement, l’étape du quatrième peloton vise la cohésion des forces au niveau du maintien de l’ordre et des interventions professionnelles. Il s’agit en effet de « mettre tous les éléments en condition. Ici on n’a pas l’intention de travailler en binôme. Nous constituons une troupe qui va intervenir sur un terrain. Par rapport à ce terrain, il faut une cohésion au sein de notre troupe », explique Rako. A l’aube, tous en uniforme, les soldats se dirigent vers le terrain de sport du quatrième peloton pour un long épisode de footing. S’en suivent les exercices de maintien de forme dans une ambiance de chants traditionnels « dans l’espoir de se débarrasser du stress », à en croire les propos de Rako. L’après-midi est plus spectaculaire. Les 140 hommes font fi de l’accablant soleil et enchaînent les exercices purement physiques, et techniques. Et quand le maréchal des logis-chef Rako s’en souvient, il mentionne surtout les « interventions professionnelles ». « A travers ces multiples séances sur les interventions professionnelles, on a revu : comment frapper les coups de main, comment aller enlever les barricades. Comment intervenir par des engins lourds… »

On se rapproche pas à pas de Ki-dal. Et plus que jamais, nous sommes tous convaincus de ce départ quand on sait qu’à la base, la logistique est prête. Pas moins de 22 véhicules mis à disposition : 6 camionnettes blindées, 6 géants pick up, 9 petits pick up et un camion-citerne qui seront tous transportés par un cargo onusien.

 Les instants d’avant embarquement…

Crédit photo-Owarindé Adéyèman
Le matériel roulant prêt pour Kidal

Les terrains de combat ne sont pas faciles à vivre. Les journalistes meurent, les soldats aussi. Mais ces derniers, une fois engagés, n’ont plus le choix quand bien même la peur de la guerre alimente les âmes. Dans l’anonymat, un adjudant des forces armées béninoises, revenu saint et sauf de la mission de l’Onuci, quelques années plus tôt, confie : « Quelle que soit votre passion, la peur vous alimente depuis le jour où vous embarquez ». Mais ici, au quatrième peloton, on est encore loin de l’embarquement et pourtant, les visages n’arrivent pas à cacher la crispation et l’anxiété des soldats retenus pour Kidal. Les raisons sont multiples. Les uns lient cet état d’âme au fait que la guerre n’est pas une chose facile. Et pour d’autres, « Kidal est une poudrière sans pareil pour le moment ; il faut s’en méfier ou carrément s’en abstenir ». Il y a peut-être de quoi se méfier de Kidal, la ville de tous les dangers. Se référant donc à la particularité de ce terrain de combat, où les djihadistes tirent sur tout ce qui bouge, Sédu [pseudonyme], un jeune soldat entraîné pour la cause, dévoile son embarras : « Certes, je suis prêt pour Kidal, mais j’avoue en toute franchise que j’aurais préféré la Centrafrique s’il fallait faire un choix ». D’une voix très convaincante suivit d’un léger sourire, il poursuit : « A Kidal, il y a des hommes sans cœur qui tuent tout le monde et surtout les soldats qu’ils soient d’ailleurs ou du Mali. Mais en Centrafrique, deux clans qui craignent les soldats se battent ». « Non ! », infirme dans l’anonymat, un membre du premier contingent au Congo en 2005. L’expérience congolaise lui fait voir autrement la situation : « La peur c’est le stress. Et parlant de stress, nous sommes aguerris et formés par rapport à ça. Ça ne nous dit absolument plus rien. Nous intervenons en tant que force des Nations unies, donc protégés par certaines conventions qui empêchent les forces armées rebelles d’agir sur nous. Nous sommes là juste pour la paix ».

Le stress, un compagnon inévitable…

La question du stress semble être inévitable. On compare même la situation à celle d’un match de football, où il y a toujours un coéquipier envahi par des moments de faiblesse. Face à ce cas, « il faudra juste de petites prières et surtout des chansons pour aider les peureux à surmonter la peur », a laissé entendre l’ex-membre du contingent congolais. Petites prières et chansons restent certes des remontants pour ces soldats, mais aucun remède jusque-là pour débarrasser leurs parents et proches des inquiétudes. « Au niveau de la famille, ça fait moche et elle nous met trop de pression. Ce qui répercute beaucoup sur notre moral » confie le maréchal de logis-chef, Rako. Parfois, on a envie de tout abandonner, surtout lorsqu’une partie des remontrances des proches, enfants et amis retraversent le cerveau. Même les expérimentés qui pensent être dotés d’un courage inébranlable, se retrouvent quelquefois soudés au stress comme des bébés siamois. Cette évidence est juste une confirmation des propos de l’ex-soldat de l’Oz « Quelle que soit votre passion, la peur vous alimente depuis le jour où vous embarquez ».

De peur que leur moral reçoive un grand coup, chacun prie vivement pour que le mystérieux jour d’embarquement vienne. Lequel jour, « est au secret des chefs », selon le maréchal des logis chef Rako.

 

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