28 octobre 2014

Le football : un sport sucré-salé

Le foot fait sourire Messi, mais fait pleurer David Luiz

Il y a 11ans [26 juin 2003], Foé s’écroulait sur le stade Gerland de Lyon et le monde footballistique n’a eu d’yeux que pour pleurer la mort de ce lion indomptable. En 2014, Albert Ebossé, un autre joueur camerounais, s’est fait tué en Algérie, et encore la consternation totale. Pour le football des milliers de fans ont coulé des larmes. Pour ce même foot un certain Lionel Messi s’est régalé avec 4 ballons d’or ; les français ont jubilé en 1998 et récemment les allemands ont retrouvé le sourire. Enfin, le cuir rond n’est-il pas un sport à la fois sucré et salé ?

« Goal » !!! Ce mot anglais souvent, se relie à un des plus fréquents cris des férus du cuir rond dans les grands stades. Nul ne se retient de manifester ces moments de gloires. Mêmes les journalistes ivres de joie, crient « goal ! » et ne se retiennent plus. Ceci illustre bien le côté sucré du sport roi. La plus probante des illustrations reste peut-être la finale de la coupe du monde 1998. Ils raisonnent comme si c’était hier, dans la tête des 80 mille spectateurs présents ce 12 juillet 1998 au stade de France, la jubilation de Thierry Roland : « je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquilles. Enfin, le plus tard possible, mais on peut. Ah c’est super ! Quel pied ! Ah quel pied ! Au putain, oh la la la la la ! » . Et quand est venu le moment opportun pour  Didier Deschamps, le capitaine de l’équipe de France à l’époque de soulever la belle sculpture de Silvio Gazzaniga, la joie de Zizou, Petit, Djokaef, Thuram,  Vieira, Désailly, Barthez et autres était incommensurable. L’effervescence du stade Saint-Denis reflétait une fois de plus ce côté sucré du football.

Le plaisir de jouer dont fait preuves les 22 acteurs sur un terrain est souvent bien accueilli par le plaisir des milliers de spectateurs à les suivre. C’est au tour du football que, se croisent et se vivent les passions les plus fortes et les plus belles. « il n’y a que la musique et le football qui peuvent attirer 80.000 personnes dans un stade, mais dans un concert il n’y a qu’un artiste, alors qu’ils sont 22 dans le football », en témoigne Jérôme Valcke, le secrétaire général de la FIFA, lors de sa déclaration au stade Maracana. L’évidence est que grâce au football un certain Didier Drogba a arrosé de joie le cœur des supporteurs de Chelsea en 2012 [ndlr : finale de la league des Champions entre le Bayern de Munich et Chelsea FC. Chelsea remporte ce match après les séances des tirs au but. 1-1 à la fin des prolongations]. En ces instants là, des centaines de supporters (hommes et femmes), faisant fi de leur différends et différences sociales, ont extériorisé leur joie et on dansé au son du football. Pour eux « Drogba nous a enfin donné ce qu’on a tant cherché ».  Ce jeu, a marqué dans le sens positif du thème, au tant les supporters que les pratiquants eux-mêmes. On se rappelle sans doute l’état d’âme de Lionel Messi, quand il est monté à 4 reprises au sommet du foot mondial. Lionel messi ballon d’or 2009, Lionel messi ballon d’or 2010, Lionel messi ballon d’or 2011, et encore Lionel messi ballon d’or 2012. On a aussi les souvenirs de France 98. Joueurs, supporters et même téléspectateurs ont goûté à la faveur offerte par la FIFA. C’est tout un monde qui a joué comme l’a prophétisé d’ailleurs le slogan de France 98 : « C’est beau un monde qui joue ».

Mais loin d’être que du miel, le foot sous d’autres cieux est très (très) amer, et a fait pleurer plus d’un.

Bien sucré, mais également salé…

Marc Vivien Foé reçoit une médaille à titre posthume
Marc Vivien Foé meurt lors de la coupe des confédérations (2003) ,laissant tous dans la consternation.

On a vu plusieurs fois, des supporters et mêmes des joueurs pleurés après une défaite. L’amertume dans ce cas n’est que superficielle et reste en quelque sorte une partie du jeu. « Ça fait partie du football », dit-on souvent. Mais il y a des blessures plus profondes qui, marquent à vie. Des actes à l’image du hooliganisme et des agressions tout azimut à l’encontre des joueurs et supporteurs, provoquant parfois leur mort, font-ils partie du football ?  Eh bien ! Kamel Yesli, milieu de terrain de la JSK (Club de première division Algérienne) répond non. Ecoeuré par la mort de son coéquipier Albert Ebossé, Kamel Yesli a expliqué au micro de RFI que : « quand il y a mort d’homme, ce n’est plus du foot »Bien avant Albert Ebossé, mort le 23 août 2014 après avoir reçu une ardoise tranchante sur la nuque ; d’autres joueurs ont malheureusement goûté au côté salé du cuir rond. Coupe du monde 1994 ! la fête n’a pas manqué d’être l’une des plus belles. Sauf qu’à la 34ème minutes de jeu du match USA-Colombie, Andrés Escobar coupe dans sa surface un centre venu de la gauche et du coup fait trembler ses propres filets : 2-1 pour les USA et les colombiens sont éliminés. Cette erreur « footballistique » va pourtant être funeste pour Escobar. De retour au pays et précisément le 2 juillet 1994, le défenseur colombien est sauvagement assassiné dans sa ville natale, pendant que les huitièmes de finale de la coupe du monde suivent leur cours aux Etats-Unis. Pour le foot, Andrés Escobar a affronté 12 balles et en est mort. Pour le foot, Marc Vivien Foé est mort. Et toujours pour ce foot, un certain Kodjovi Dodji Obilalé est resté collé dans une chaise roulante pour le reste de sa vie, après l’agression dont ont été victimes les éperviers du Togo le 8 janvier 2010 dans l’enclave angolaise de Cabinda. La CAN 2010 s’est ainsi achevée pour Emmanuel Adébayor et ses coéquipiers, mais c’est toute une carrière qui est partie en fumée pour Obilalé, l’ancien gardien de but de la GSI Pontivy (France). «Je ne dors plus la nuit. J’ai encore des séquelles. Là, j’ai mal au dos et au pied. Cela arrive souvent. Je fais des malaises régulièrement. Je suis fatigué… Aujourd’hui, j’ai encore mal. Je suis déjà mort, un mort-vivant.»,a-t-il confié à Slate Afrique

Emmanuel Adébayor en larme, juste après le drame de Cabinda

Mohamed Aboutreika, le milieu de terrain d’Al Ahly ne pourra aussi jamais oublier ce 1er février 2012 ; jour où un simple match de football a tourné en tension. Des supporteurs d’Al Masri lancent des pierres, des bouteilles et des fusées éclairantes contre ceux d’Al Ahly, déclenchant des émeutes dans les tribunes et sur la pelouse. Bilan : 77 personnes trouvent la mort à Port-Saïd. Frappé de stupeur, Mohamed Aboutreika n’a pas hésité à décrier ce comportement. «Ce n’est pas du football, c’est la guerre. Des gens meurent devant nous. Il n’y a pas de dispositif de sécurité, pas d’ambulances», a-t-il raconté sur la chaîne de son club. Quand on se réfère à ces propos, il manque visiblement des dispositions de la part des autorités et instances du football pour éviter empêcher le hooliganisme par exemple. Et les questions que se posent les observateurs et amoureux du foot sont sans doute : Comment les supporteurs pénètrent-ils les stades, munis de projectiles ? les stades ne sont-ils pas sécurisés ? La CAF et les fédérations n’allouent-t-elles pas un budget considérable à la sécurité à l’intérieur et autour des stades ? le hooliganisme n’a-t-il pas fait trop mal au foot pour qu’on y mette grande fin ? les hooligans se croient-ils amoureux du sport roi ?

Ce dont-on peut être sûr, est que les vrais amoureux en ont marre. Et depuis la récente mort de Ebossé, tous ont eu la confirmation de la maxime qui stipule qu’ « il n’y a pas de métier sans risque ». Le football comme tout autre métier, est un métier à risque. Bien sucré mais également salé.

Par Owarindé Adéyèman

Partagez

Commentaires

Marlène
Répondre

C'est l'article que j'adore le plus. Après ça celui des déscolarisés et ensuite celui de l'inondation. Que Dieu t'inspire encore et encore pour les autres articles de ta carrière de journaliste.