Crises en Afrique de l’Ouest : la Cedeao aura-t-elle échoué?

Article : Crises en Afrique de l’Ouest : la Cedeao aura-t-elle échoué?
30 octobre 2020

Crises en Afrique de l’Ouest : la Cedeao aura-t-elle échoué?

Autrefois le Togo, hier le Mali et aujourd’hui et demain, la Guinée et la Côte d’ivoire. Ces pays qui, de par leur situation politique, auront illustré les défis de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). L’institution créée le 28 mai 1975, aura beau été sur tous ces fronts, mais sans empêcher de se poser une question aujourd’hui : a-t-elle encore les moyens de ses ambitions ?

S’il y a un sigle qui revient dans les différentes crises politiques en Afrique de l’Ouest, c’est la Cedeao. Toutes les lèvres évoquent sans cesse ces 6 lettres pour parler de la succession consécutive de Faure Gnassingbé au Togo ou encore la récente transition politique au Mali. L’institution a encore sur ses larges épaules une double crise électorale : Guinée et Côte d’Ivoire. Cette dernière se profile sous le regard des observateurs et met en doute l’omnipotence de la Cedeao.

Elle qui pourtant, sait faire bloc avec la France, l’Union africaine (UA) et européenne. En tout cas, ce sont ces moyens habituels pour condamner, ordonner et menacer de sanctions, toutes les fois qu’il y a eu feu dans l’un des 15 Etats membres.

Dans le rôle du médecin après la mort

Du Togo [crise de 2005] au Mali [coup d’Etat de 2020], la Cedeao et ses experts ont couru, mais pas à la vitesse nécessaire ; au point de n’intervenir qu’après crises. De la Guinée à la Côte d’Ivoire, c’est une sorte de tergiversation, qui a ralenti ses voyages de médiations. Et cela a ouvert aujourd’hui les brèches de conflits fratricides et de crises post-électorales.

Dire aux manifestants et partisans du M5-RFP que cette Cedeao ne pouvait pas atténuer le coup d’Etat du 18 août 2020, crée une contumélie. Pour beaucoup, il aurait juste fallu que l’organisation et ses sages qui savent voir le mal de loin, raisonnent le président déchu Ibrahim Boubakar Keita.

Mais l’intervention vespérale de la Cedeao dans cette crise malienne s’est illustrée par des demi-solutions qui, au lieu de calmer la tempête, ont plutôt fait exacerber de façon viscérale la colère du peuple. Résultat : l’armée s’implique et sanctionne le pouvoir en place, d’un coup d’Etat. Et c’est dans cette posture que la Cedeao retrouve son hobby favori : menacer et infliger des sanctions.

Dans un jeu où prévenir devient de plus en plus fastidieux, ne faudrait-il pas attendre les conséquences fâcheuses d’une crise, pour se servir de l’article 45 du protocole sur la bonne gouvernance et la démocratie. Bien avant le Mali, le Togo est passé par là. Et pire dans ce pays, les menaces de sanctions ont fait long feu. La preuve, rien n’a déjoué le rêve du fils Gnassingbé de devenir autant fort que son père Eyadéma, décédé le 05 février 2005.

En Guinée, l’après élection présidentielle du 18 octobre 2020 redirigera sans doute les avions vers les cieux de Conakry. Le 26 octobre 2020, un conclave de médiateurs s’est déjà déplacé. Le leitmotiv sera d’ordonner astucieusement le respect strict des résultats, faisant d’Alpha Condé le vainqueur dès le premier tour. Mais où était cette mission conjointe Cedeao-UA, quand Alpha condé forçait son envie de briguer un 3ème mandat ? Cette question que se pose aujourd’hui la jeunesse africaine, dépasse bien les frontières guinéennes. Omniprésente, elle a désormais sa place chez le voisin ivoirien. Et ce, sous une autre variante : « pourquoi la crise pré-électorale en Côte d’Ivoire n’a pas autant intéressé la Cedeao ? ».

Entre-temps, c’est bien de son propre gré que la puissante organisation a muté du fœtus d’institution économique, au ténor de gardien de paix.

Ces facteurs qui ont fait basculer l’organisation

En 1990, la Cedeao extrapole sa mission de « promouvoir l’intégration dans tous les domaines de l’activité économique, pour dérober d’autres missions plus ambitieuses. Et cela peut bien paraître extraordinaire. Basculer dans le maintien de paix n’a pas été une ambition vaine. Il y a bien eu des facteurs.

En première ligne, on peut facilement indexer la guerre civile au Libéria. Cette crise a fait réagir les pays membres de la Cedeao. Et le 6 août 1990 à Banjul (Gambie), le conflit libérien a tout de même inspiré l’Ecomog. La tâche est plutôt facile et fait pousser les ailes de l’Ecomog jusqu’en Sierra Leone, en effet en proie à une guerre fratricide depuis 1991.

Sans se poser la véritable question de savoir si elle avait les moyens des nouvelles ambitions, l’institution ouest-africaine va se plaire longtemps dans la nouvelle mission. Et surtout, quand elle va gagner en crédibilité au près de l’UA et de l’ONU. Quoi de plus pour obnubiler une institution ? Au point de lui faire d’une part, oublier les soucis de financement et d’autre part, sous estimer le poids de certaines crises.

L’illustration des limites viendra rapidement, déjà, de la sollicitation de l’extérieur pour financer ses opérations de maintien de la paix. Et on retiendra que c’est la communauté internationale qui a entretenu en janvier 2003, les 1400 hommes de sa mission en Côte d’Ivoire (Miceci).

On n’aurait pas tort d’attribuer à cette faiblesse financière, les échecs cuisants dans le règlement de certains conflits depuis 2004. Au rang de ces derniers, l’histoire retiendra la précarité de la situation libérienne et surtout la suite du coup d’Etat du 14 septembre 2003, qui a renversé Kumba Yalá en Guinée-Bissau.

Et la têtue d’histoire n’a pas fini d’ajouter à ses pages, des doutes sur la capacité de la Cedeao à réussir sa conquête de paix. En tout cas les scénarios électoraux de 2020, auront été non seulement des témoins, mais aussi de potentiels juges. Wait and see.

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