Covid-19 : quand l’Europe serre la vis, l’Egypte la desserre

Article : Covid-19 : quand l’Europe serre la vis, l’Egypte la desserre
16 novembre 2020

Covid-19 : quand l’Europe serre la vis, l’Egypte la desserre

Belgique, France, Angleterre, Espagne… Ces pays se confinent de nouveau ou se ménagent pour éviter les foudres d’une deuxième vague de l’épidémie de coronavirus. Pendant ce temps, en Egypte, tout se passe comme si la pandémie avait disparu. Même de simples gestes barrières sont difficiles à respecter dans ce pays aux 110 767 cas de Covid-19.

Métro, transports en commun et autres habitudes ont repris leurs trajets et horaires classiques depuis plusieurs semaines en Egypte. A bord, l’effectif pléthorique des passagers attire souvent l’attention. De Sheik Zayed, quartier résidentiel, à la place Tahrir en plein cœur du Caire, le constat est le même.

Durant ce trajet d’environ 1 h 30, on croise rarement des passagers équipés du masque de protection. Et pire, les bus bleus sont pleins à craquer, au point d’offusquer les plus sensibles aux chaines de contaminations. « Ce n’est pas normal que le bus soit rempli ainsi avec seulement deux personnes avec leurs masques. Et le chauffeur s’arrête pour embarquer d’autres personnes insouciantes« , se soucie un passager dans un transport en commun, en direction de la gare de Tahrir. Déchanté, ce passager va descendre malgré lui, avant sa destination. Un geste plutôt exceptionnelle dans une société où les facteurs socio-économiques font oublier la pandémie du coronavirus.

Mourir du Covid-19 plutôt que d’une oppression économique

Avant la pandémie, la situation économique de l’Egypte était déjà moribonde, avec 32,5% des 100 million d’Egyptiens en dessous du seuil de pauvreté. Les différents prêts du FMI ont aidé à corriger le taux d’inflation le temps que le Covid-19 ne vienne percuter la vie économique.

Le cauchemar aura duré plus de trois mois pour certains, comme l’explique Ashraf : « de mars à juillet, ils ont fermé les aéroports et l’accès au tourisme. Et nous, les acteurs du tourisme, nous avons galéré sans l’aide de l’Etat« . En effet, ce guide touristique de 36 ans n’est que l’une des victimes d’un chômage exacerbé par la crise sanitaire. A l’annonce de l’arrêt du secteur touristique le 19 mars 2020, lui et plusieurs de ses collègues n’ont pas tardé à accuser le coup. Dilapidations des épargnes, sollicitations de prêts bancaires et parfois recours aux petits boulots sont les souvenirs qui lui sont restés.

Depuis la relance de l’activité touristique, le 1er juillet, Ashraf rebat timidement sa vie financière. Et il n’est plus question de revivre ce type de chômage, assez éprouvant pour lui. « On est plus prêts à vivre une telle situation. Heureusement que le gouvernement a relancé le tourisme et a aussi rouvert les aéroports. Tout le monde a compris, comme nous, qu’on doit travailler, même si le coronavirus est là. On n’a pas le choix », avoue-t-il.

Même au sommet de l’Etat, on a trépigné d’impatience car les pertes financières auraient été colossales en seulement trois mois. A cet effet, le Premier ministre égyptien, Mostafa Madbouli présageait une perte d’environ 2,25 milliards de livres égyptiennes [équivalent de 130 millions d’euros], uniquement pour l’aviation civile. Sous cette asphyxie économique, il est impensable d’arrêter une seule activité, participative du PIB égyptien.

PIB par secteurs d’activité pour l’Egypte

La machine économique roule désormais avec à son bord le tourisme, l’hôtellerie et sans oublier les secteurs informels. Avec ses 50% de l’emploi total, ces derniers regroupent à la fois les plus vulnérables au Covid-19 et les plus punis de ses conséquences économiques. Doublement victimes, les maillons de l’informel ont appris et sont prêts aujourd’hui à prendre des risques sanitaires pour sauver leurs sources de revenus.

Et quand certains l’expliquent, c’est avec humour : « Ecoutez ! Moi que vous voyez, je suis déjà mort financièrement. Donc ce n’est pas le Covid qui va me tuer. Si aujourd’hui, on vient me dire que j’ai cette maladie, tant qu’elle ne m’a pas tué, j’irai vendre au marché et continuer tous mes business, et sans masque en plus », lâche Momen. Même si les phrases de ce marchand de légumes véhiculent un brin d’incivisme, il assume et n’hésite par à rappeler : « combien de personnes vous voyez avec un masque ? On est déjà habitué au Coronavirus et on va vivre avec« .

L’incivisme renforce le non respect des gestes barrières

Tout comme le jeune marchand, Momen, beaucoup d’Egyptiens ont fini par renier le port du masque. Au début, précisément en février, ils l’ont adulé sous l’effet de la psychose et de la pression du gouvernement. Même Momen l’avoue : « au début, on avait peur du coronavirus et on se précipitait à porter le masque. Et aussi, la police contrôlait. Mais maintenant, cela ne nous dit plus rien du tout« .

Se balader sans un masque n’est plus du tout une infraction. Même des policiers ayant mené la bataille contre les indisciplinés ne s’en servent plus. Aux coins des rues ou encore dans les transports en commun, on les voit fréquemment sans ce premier accessoire « anti Covid-19 ». Si ce genre de geste ne suscite pas vraiment de réactions, il réconforte d’autres négligents. Et c’est à Alexandrie que notre enquête le révèle.

Ici, dans la deuxième ville du pays, des adolescents semblent vite prendre l’exemple sur l’autorité supérieure. Taquiné sur cette question du masque, Hazem n’a aucun complexe à rappeler que « même les policiers n’en portent pas. Ce n’est pas à moi qu’il faut l’imposer ». Etudiant et adepte du « je m’en foutisme », il va même passer la soirée avec cinq de ses amis dans un café. Ensemble les six amis vont profiter du vent de la méditerranée sans se soucier des « clients sans masques », à l’intérieur et sur la terrasse du café.

Hazem n’ignore pas du tout l’importance du masque, sauf qu’il lui revient à lui de choisir quand s’en servir. D’un ton ferme, il se justifie : « le masque est important, la preuve je l’ai dans ma poche. Ici au café ce n’est pas exigé. Je le mets quand c’est nécessaire ; à l’université et dans n’importe quel supermarché ». 

S’il mentionne ces deux entités, ce n’est pas en vain. Elles font juste partie des plus rigoureuses. Celles qui, en matière de port du masque, n’hésitent pas à refuser l’accès aux inciviques.

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